mercredi 10 mars 2010

Roman " En mémoire de nous "


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Ambre, était de celle qui ne croyait en rien avant de le rencontrer. Elle avait amortie trop de coups pour croire en quoi que ce soit. Et surtout pas en l’amour. Elle ne croyait en rien, simplement pour ne rien attendre des autres et de la vie.

Jusqu'à lui…

A présent, elle se retrouvait seule dans cet appartement, cet appartement qu’elle ne voulait pas quitter. Contemplant les photos qu’il avait prises d’elle, les placards vides jadis remplis de lui… Elle contempla ce « eux » qui n’en était plus un…. Elle contemplait ce qu’il avait fait d’elle, ce qu’il avait fait d’eux.

C’est fou comme elle aimait cet appartement, c’est fou comme elle l’y avait aimé dedans, c’est fou à quel point elle l’avait aimé et à quel point elle l’aimait sûrement encore…

Combien de temps ? Combien de journées s’étaient écoulées depuis ce jour là ? Combien de jours sans lui ? Combien de jours à vivre... Atrocement, trop douloureusement, trop mal, trop simplement ? Combien de minutes, de secondes sans son corps, sans son rire, sans son cœur, sans la raison pour laquelle elle avait commencé à aimer la vie ?

Il s’insinuait dans son esprit, prenant possession de sa raison, il anéantissait l'espoir, l'envie, la volonté... Cherchant cette partie de lui,  qu’elle attendait, qu’elle voulait bien plus férocement qu'aucune autre... Pourtant, elle n’aurait jamais cru pouvoir parler de lui au passé, n'évoquer que les souvenirs et non le présent... Pourtant, elle ne savait pas leur fin si proche, elle ne savait pas qu'il y aurait une, tout simplement.

Elle doutait du présent et de cet avenir si flou. Elle avait peur pour elle et peur des choses qu’elle pourrait faire... Peur de l'amour qu’elle avait pour lui et de la folie que ça faisait naître en elle... Peur de se perdre, de ne plus se reconnaître, de ne pouvoir exister qu'avec lui... Peur de ne pas être assez forte, de ne pas pouvoir vivre une minute de plus sans lui.

Elle doutait de ne pas être assez solide pour encaisser la douleur, les coups durs… Elle avait peur de devoir tirer trop tôt le rideau. Peur de devoir renoncer à lui, trop tôt, trop vite, trop mal... Peur de devoir tirer un trait sur eux par obligation, pour sa survie...

Et brusquement, sans trop y réfléchir, elle se leva, enfila un jeans, ses chaussures, fonça et courut prendre un taxi… En direction du lieu où ils s’étaient rencontrés la première fois… Arrivée, elle paya le chauffeur, descendit… Traversa la rue, avança jusqu'à ce bar, fit marche arrière, esquissa un pas puis deux... Une larme se mêla à la situation devenue presque grotesque. Elle courut jusqu'au carrefour d'une rue, marcha la nuit, seule, tentant de retrouver le chemin de chez elle en regrettant cette folle envie de le revoir, voulut tant de fois faire demi-tour, revenir sur ses pas et le retrouver. Elle marcha la nuit, une heure, peut-être même deux jusqu’à arriver à destination... Le cœur ayant pris le pas sur la raison.



Elle l'imagina là, patientant, presque hésitant. Elle l'imagina tout comme elle espérait l'apercevoir dans un coin, dans l'obscurité, sentir son odeur et se laisser guider par elle. Elle attendit qu’il daigne lui montrer que tout était réciproque, qu’il avait enfin compris que l'amour n'était pas qu'une arme de destruction, qu'à deux ils pourraient devenir un tout, quelque chose de bien plus fort, de bien plus beau.

Elle attendit comme on attend l'amour sur un quai de gare, au carrefour d'une rue. Elle attendit comme on attend qu'une fois ; espérant qu'un dieu, auquel on ne croit pas, nous fasse un signe. Un seul et unique. Elle attendit... Et puis croyant faire le bon choix, celui qui lui épargnerait quelques souffrances de plus, elle lui téléphona. Tuant cet autre « moi » l'intimant de rester et d’attendre. Il se donnèrent rendez-vous à la maison, leur chez eux, leur nid d’amour…

Elle courut, à en perdre haleine, dévalant les escaliers sans aucune conscience du risque, de la connerie qu’elle était entrain de faire, de la peur de rechuter. Elle courut... Rattrapant à la volée cette foutue fierté qui avait décidée de se faire la malle. Elle courut vers lui... Inconsciemment. Peut-être bien trop consciemment. Elle ne savait pas pourquoi... Mais, elle courut vers lui.

Elle se souvint de ces dernières marches, de cette porte qu’elle avait poussée le cœur lourd, les mains moites, les yeux larmoyants... Elle se souvint des quelques pas qu’elle avait esquissés dans la nuit et de ça... Oui de ça. D'une main lui agrippant le bras... Des battements de son cœur s'accélérant en une danse folle. De ça... Du bonheur, de la peur, de cette peur divinement bonne... D'une main possédant son avant-bras, tendrement... D'une autre se faisant amante de ses hanches, de ce baiser brisant un de ces silences qui ne s'oublie pas.

Alors, elle avait dit oui à tout... Tout ou rien mais avec lui. Au changement, à la peur. Oui à ce qu’elle ne connaissait pas. Oui à l'amour. Oui à cette nouvelle vie qui s'offrait à elle. Oui à ce qu’elle n’était pas. Oui à ce qu’elle aimerait être. Oui à l'inconnu.

Elle se souvint... De son corps contre le sien, de sa bouche à la commissure de ses lèvres. De la chaleur au creux de son ventre, de cette étreinte et de toutes les autres qui ont suivi... De son rire. De ces quelques minutes de silence qu’il avait fini par briser.

 Mouna Toujani




Mouna Toujani

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